La nature et l'homme mutant du 21eme siecle, par Cyrulnik
Il parle de l'école...

Photo. La Palice. 17 mars.
Les mondes trop coupés de la nature s’effondrent, et toujours de la même façon : par leurs points forts. Pourtant, Boris Cyrulnik reste optimiste : après la désintégration (cata) vient un nouvel ordre (strophe).
Propos recueillis par Patrice van Eersel
Nouvelles Clés : Dans Les Chants sombres (éd. Odile Jacob) vous expliquez que la résilience, cette faculté de nous remettre de nos traumatismes, s’applique à tous les âges de la vie. En fait, ce moteur de survie existe depuis le début de l’humanité, non ?
Boris Cyrulnik : Absolument, mais beaucoup de choses existent dans le réel et pas dans la représentation. Il faut que quelqu’un allume un mot, pour que les humains puissent voir un morceau de réel.
N.C. : Et ce mot nous invite, plutôt qu’à nous apitoyer sempiternellement sur la misère, à nous pencher sur ce qui réussit à en faire sortir certains.
B.C. : On dit toujours : “Le résiliant met en lumière les cas les plus difficiles.” C’est vrai et pourtant, d’après l’OMS, une personne sur deux finit sa vie après avoir connu un traumatisme grave. Je pense donc que toutes les cultures se sont arrangées pour mettre de côté ce genre de problème, alors que la résilience le met en lumière.
N.C. : Cela signifie qu’il vaut toujours mieux donner un coup de main à quelqu’un que de renoncer, alors que les idéologies collectivistes pensent que l’acte individuel est inutile.
B.C. : Un rien peut redonner l’espoir à un mort psychique. Et ce n’est pas une métaphore, les gens le disent vraiment : “Une part de moi est morte. Je suis dans l’agonie psychique.” Ils le sentent comme ça. Or, si l’on vit dans une culture qui “déterre” ces gens, cette culture réalise une prophétie autoréalisatrice. Si “on” pense (j’utilise à dessein un pronom impersonnel) que ces personnes blessées sont foutues, on va organiser autour d’eux des institutions et des comportements qui, en effet, vont les foutre en l’air. Alors que la résilience montre que, si l’on pense autrement, il suffit parfois d’un regard, d’une main tendue, d’un mot, d’une institution, d’une règle administrative pour qu’un grand nombre de ces enfants (même si pas tous) ou de ces adultes reprennent un développement. Et c’est pourquoi je dis que c’est une philosophie individuelle et sociale de l’antidestin.
N.C. : Quelquefois, on a le sentiment que les choses vont de plus en plus mal. Les moins pessimistes font toutefois remarquer que, depuis l’“humanisme” d’un Socrate ou d’un Cicéron, qui ne cillaient pas quand on crucifiait des esclaves à deux pas de chez eux, on a quand même changé, au moins dans la culpabilité. Nous n’avons pas supprimé la barbarie, mais désormais elle nous touche.
B.C. : Je pense que nous ne sommes pas plus humains que monsieur et madame Cro-Magnon. Mais nous accomplissons beaucoup plus de performances, sociales, techniques, culturelles. Si monsieur et madame Cro-Magnon devaient vivre aujourd’hui, je pense qu’ils rattraperaient leur retard en quelques mois. Ils ont les mêmes compétences que nous, même s’ils ne les ont pas exploitées. Cela dit, ce qui se passe dans le réel est toujours différent de ce qui se passe dans la représentation du réel. Si l’on vit dans un monde intérieur de poésie, d’humanisme, de tolérance, on peut très bien côtoyer l’horreur sans en être entamé. Le Dr Mengele, à Auschwitz, vivait constamment dans la beauté, la philosophie, dans Nietzsche, dans Bach, dans la famille. C’était un bon papa et il allait tirer ses heures de bureau, pour commettre ses crimes, au nom du bien de l’humanité, puisqu’il pensait que les Juifs, les Tziganes, les homosexuels étaient des sous-hommes, sur lesquels il n’était pas immoral de pratiquer des expérimentations scientifiques. C’est d’ailleurs toujours au nom de l’humanité que sont commis la plupart des crimes contre l’humanité. On peut très bien se sentir au fond de soi très vertueux et commettre des choses effrayantes, donc dissocier le réel de la représentation que l’on s’en fait.
N.C. : Mais notre espèce ne comporte-t-elle un défaut structurel, un bug de base, qui fait qu’elle risque de s’autodétruire ?
B.C. : Vous savez, 99 % des espèces qui ont existé un jour sur cette terre ont disparu. Toutes ont une espérance de vie limitée. Mais elles n’ont pas disparu à cause d’un bug : elles ont naturellement disparu par leurs points forts. Par exemple, l’élan du Canada, à chaque génération, avait des bois plus lourds, et était donc de plus en plus fort pour éventrer les loups. Jusqu’au jour où ses petits ont eu des bois si lourds qu’ils n’ont plus pu relever la tête et que les loups les ont mangés en toute tranquillité.
La plupart des espèces connaissent un sort comparable. Devenant hyper adaptées, elles finissent incapables de résoudre la moindre petite variation de l’environnement. C’est comme ça qu’ont probablement aussi disparu les dinosaures : immenses, hyper adaptés, lorsque l’écologie a varié, que le taux d’oxygène a augmenté, ils n’ont sans doute pas pu résoudre ce point de vue biologique et leur point fort les a éliminés.
On peut faire l’hypothèse que les hommes disparaîtront par leur point fort, c’est-à-dire par le monde de représentation : représentation parolière, représentation de langage mathématique, représentation technologique... La moyenne d’existence d’une espèce est de sept millions d’années. Nous sommes là, grosso modo, depuis trois millions et demi d’années et - soudain, je me sens un peu anxieux - nous avons déjà parcouru la moitié du chemin !
N.C. : Et nous semblons, alors, particulièrement pressés d’en finir !
B.C. : Oui, car notre point fort accélère le mouvement : 90 % de toutes les découvertes physiques et scientifiques accomplies par les humains depuis trois millions et demi d’années ont été faites par ces deux dernières générations. En quarante ans, nous avons métamorphosé la condition humaine, qu’il nous faut à présent entièrement repenser. Or, notre point fort, le monde des représentations, les mots, les maths, les techniques nous arrachent de plus en plus à la condition écologique naturelle, ce qui nous permet de vivre dans un monde de plus en plus délirant - au sens étymologique de ce mot : délirer, c’est sortir du sillon. Je pense que les hommes sont actuellement en train de “délirer logiquement”, d’inventer des systèmes cohérents mais coupés de la réalité sensible. Nous pouvons connaître le destin des élans du Canada.
N.C. : Quelle différence, entre un délire logique et un délire fou ?
B.C. : Prenez la médecine. C’est un mécanisme de lutte contre l’adaptation, dans la mesure où, si nous étions adaptés à l’environnement, nous nous laisserions emporter par les famines, les infections, les maladies. Or justement, la médecine et la technologie ont pour enjeu de ne pas s’adapter. Au xie siècle, par exemple, lorsqu’on a inventé les moulins à vent, c’était pour refuser de s’adapter à la famine : moudre davantage de grains, pour pouvoir les conserver sous forme de galettes. Pouvoir conserver les productions humaines demeure l’un des grands objectifs de la technologie aujourd’hui. La plupart de nos aliments sont le résultat de nos laboratoires, de notre économie, de notre industrie. Donc, c’est un délire logique, pas un délire fou. C’est le produit de notre pensée. Homo sapiens a un million d’années. Homo sapiens demens a cinquante ans.
N.C. : Mais comment mutons-nous ? Comment survient la nouveauté ?
B.C. : Par le langage, qui rend visible. Un nouveau mot éclaire un morceau de monde que l’on ignorait et auquel, du coup, on répond. Mais on répond aussi à cette nouvelle représentation que l’on vient d’inventer. Si bien que l’on peut finir par se rendre prisonnier des représentations inventées. À l’inverse, une invention peut métamorphoser la condition humaine. Dans les années cinquante, le blocage hormonal de l’ovulation - découverte biologique élémentaire, qui a débouché sur la pilule anticonceptionnelle - a complètement métamorphosé la condition humaine, puisque maintenant les femmes se pensent autrement, font des projets d’existence sociale et pas seulement métaphysique. Jusque-là, l’enjeu des femmes sur terre, c’était de mettre au monde quinze, vingt, vingt-cinq enfants. Simmel Weiss a pu établir que la moyenne a été de treize grossesses par vie de femme - et elles mouraient à 36 ans. Sur les treize grossesses, sept bébés venaient au monde et un peu moins de quatre allaient jusqu’à l’âge adulte. La fonction des femmes était donc uniquement métaphysique et sociale : mettre au monde des enfants pour assurer la survie de l’espèce.
Depuis le blocage hormonal de l’ovulation, elles procréent 1,7 enfant en moyenne et ne se considèrent plus comme des êtres sacrés, mais comme des personnes, avec cent ans d’existence à tirer sur terre, une aventure d’épanouissement de la personne et de la société, etc. Donc elles se pensent de façon totalement différente. Les hommes, eux, qui ont affaire à des femmes d’un nouveau genre, doivent s’y adapter et, à leur tour, se penser différemment. Quant aux enfants, qui ont des parents comme il n’en a jamais existé auparavant (notamment beaucoup moins sexués), ils connaissent un développement lui aussi radicalement nouveau.
Autrement dit, une découverte technologique élémentaire (le blocage hormonal de l’ovulation, ce n’est vraiment rien) a complètement modifié la condition humaine et la façon dont nous nous la représentons.
N.C. : Dans x milliers d’années, si les humains existent toujours, verront-ils notre époque comme un moment de mutation très fort ?
B.C. : Ça paraît clair. Mais il y a eu d’autres moments aussi forts dans l’évolution humaine. L’invention du silex taillé a apporté une première mutation, il y a environ deux millions et demi d’années. Je pense que ce fut le premier tranquillisant. Les hommes ont commencé à avoir moins peur de la nature. Et, dans le même mouvement, ils ont commencé leur délire logique. Parce qu’ils ont commencé à penser qu’ils pouvaient dominer la nature, puisqu’avec un silex taillé, ils pouvaient casser la tête d’un animal, ou bombarder un tigre à dents de sabre. Puis est venue la découverte du feu, il y a quatre cent mille ans, où sont apparues les spécialités : ceux qui fabriquaient le feu, ceux qui l’entretenaient, les techniciens culinaires, ceux qui partageaient la viande, ceux qui la faisaient cuire, donc l’organisation sociale a émergé. Autre exemple : au xie siècle, l’invention du soc de charrue en fer a fait que la famine a disparu et que la mortalité infantile a chuté. On traçait un sillon plus profond dans la terre, donc presque toutes les graines prenaient. Au même moment est arrivé le moulin à vent et le saurage des harengs. On a donc pu stocker la nourriture, développer le commerce, la vie domestique, les belles maisons, la décoration des intérieurs. La condition humaine, là encore, a été métamorphosée par des découvertes technologiques. Les femmes sont rentrées à la maison, ce qui, à l’époque, était un progrès - jusque-là, elles devaient suivre les hommes aux champs, pour planter les graines et les recouvrir, le soc en bois ne s’enfonçant pas assez dans le sol. Le soc en fer a permis cette première libération des femmes : elles ont pu mieux s’occuper d’elles-mêmes et de leurs enfants.
N.C. : Une telle logique de progrès n’est-elle pas toujours à l’œuvre dans les nouvelles libérations ?
B.C. : Fondamentalement, je suis optimiste puisque je pense qu’on court à la catastrophe. Je m’explique : prenez le stockage des grains et de la farine ; il a provoqué la multiplication des rats qui ont apporté les grandes épidémies de peste, du fait d’un bacille porté par les puces qui infestaient ces rats. En deux ans, un Européen sur deux en est mort. Et ceci, alors même qu’on arrivait à la notion de confort. Aucun progrès technique - aucun ! - ne survient sans effets secondaires négatifs. Le pays de cocagne qu’était devenue l’Europe pour les rats a débouché sur une hécatombe inimaginable. Et voilà que beaucoup de veufs et de veuves se sont retrouvés dans de belles maisons. Et cela a accompagné quoi ? L’irruption d’une notion tout à fait nouvelle : l’intimité dans l’art. On a vu apparaître des tableaux ou des tapisseries à l’effigie de personnes particulières, alors qu’avant les illustrations étaient collectives.
N.C. : Et nous ? Si les deux dernières générations ont plus inventé que tout le reste de l’histoire, cela suppose que nous allons engendrer des effets secondaires gigantesques !
B.C. : On peut prévoir que quelque chose d’imprévu va nous bouleverser ! Je vous proposais le mot catastrophe, parce que les catastrophes sont toujours des moments de révolution humaine. Nous vivons sur une planète où, grâce à nos progrès technologiques, des enfants se développent à une vitesse fantastique, physiquement, intellectuellement, psychologiquement. Je donne parfois des cours, à Sophia Antipolis, à des gosses de seize à dix huit ans qui préparent les grandes écoles : ils sont mignons, parlent quatre langues, sont d’une intelligence stupéfiante, pratiquent plusieurs sports, travaillent à toute allure... Bref, ils ont un avenir merveilleux, on va leur donner tous les pouvoirs, ils auront des salaires faramineux, se baladeront en jet, le monde leur appartient. Mais ils sont une minorité. Car ces mêmes progrès technologiques, ainsi localisés dans certaines villes de la planète, ou même dans certains quartiers des capitales, ont détruit la famille, déritualisé les groupes sociaux, expliquant qu’actuellement cent quarante millions d’enfants sont tout simplement abandonnés sur la planète !
À des degrés divers, le changement touche toutes les catégories. Autrefois, les femmes se regroupaient à plusieurs pour élever les enfants - si bien que chacun de ces derniers façonnait l’autre, et les pères les prenaient en charge quand ils devenaient plus grands. Les progrès technologiques ont tout modifié. De nos jours, ce sont les enseignants qui s’occupent des enfants, ou plutôt qui les gardent, en leur déversant dans la tête des connaissances abstraites. Donc le façonnement des enfants est très différent. Avant, il se faisait au corps à corps. Maintenant, le corps est mis complètement entre parenthèses, coincé derrière une table d’école - ce qui réalise les conditions expérimentales de l’angoisse. Il est probable que cette culture de l’école, qui est certes un réel progrès, en même temps qu’elle réalise les nouvelles classifications sociales se manifeste comme un laboratoire de l’angoisse.
N.C. : L’abandon des enfants se passe chez nous aussi ?
B.C. : Bien sûr. Quand survient quelque part une révolution, le nombre d’enfants des rues croît aussitôt, par exemple en 1917 en Russie, ou même en France en 1944. Mais alors aujourd’hui ! Une masse de cent quarante millions d’enfants abandonnés, ça ne s’est jamais vu. Beaucoup vont mourir - de la guerre, du sida, de la drogue. Certains vont s’en sortir, en devenant mercenaires, ou narcotrafiquants - ce qui permettra à quelques-uns d’accéder à la richesse -, mais toujours en fonctionnant sur le mode du rapport de force, comme au Moyen Âge. Et ceci jusque chez nous en effet : les assistantes sociales avec qui je travaille disent qu’il n’y a jamais eu autant d’enfants-placards, abandonnés à domicile, même dans les milieux favorisés : ces enfants rentrent seuls chez eux et y demeurent seuls pendant des heures. Il commence à y avoir, dans le sud de la France surtout, des enfants apparemment bien entretenus, bien scolarisés, dont les parents, bien que “sympas”, disparaissent le matin à sept heures du matin pour rentrer à neuf heures du soir. Un jour, ces enfants-là s’en vont à la rue, parce qu’ils y trouvent plus de vie que dans leur foyer, où ils sont gardés par un frigidaire et une télévision. Marie Versini, l’ancienne ministre de la Famille, avait fait une enquête : en France, on évalue à trois mille le nombre des enfants des rues venus de milieux aisés.
N.C. : Le thermodynamicien Ilya Prigogine a démontré que, loin des équilibres, un ordre jaillit spontanément du désordre. Vous est-il arrivé, en voyageant dans des zones très déséquilibrées, de voir apparaître des ordres nouveaux ?
B.C. : Quand une démocratie s’effondre, l’ordre nouveau qui apparaît est celui de la force. Soit la maffia, soit la tyrannie. Force du tyran, qui entre en rivalité avec les maffieux. Dans les pays tyranniques, il n’y a pas de maffia. Celle-ci ne se développe que dans les pays restés démocratiques - dont elle accélère d’ailleurs l’effondrement. Beaucoup d’enfants des rues, en Afrique, en Amérique du Sud, deviennent des enfants-soldats, dont certains finissent par s’intégrer dans les armées qui veulent bien d’eux. Grâce au pétrole et à la drogue, des tas de petits clans peuvent se payer des armées. Comme les aristocrates médiévaux en France. Ils achètent des hommes, des uniformes et des armes. Et beaucoup de ces gens capables de s’acheter des armées sont des narcotrafiquants, ou parfois des pétroliers. Ceux-là achètent des médecins, des avocats, des armées, font règner un ordre de fer dans leurs clans, où, pour le coup, les enfants ne se droguent pas, vont dans des collèges jésuites (les meilleurs), entrent parmi les premiers à Harvard !
N.C. : Après tout, bien des ancêtres de nos dirigeants (voyez les Kennedy) étaient de gros trafiquants !
B.C. : L’élite russe de 1914 était très belle et raffinée et Nicolas II avait démarré des réformes intelligentes, mais il était trop tard et il a suffi de la pichenette du Palais d’Hiver pour que tout s’effondre. Une fois l’élite massacrée ou exilée, ce sont des gens sans aucune compétence qui ont pris leurs postes, nommés par les commissaires du peuple. Des gens terriblement incapables. Eh bien, leurs enfants ou petits-enfants sont très compétents. Les aristocrates eux-mêmes, au début, avaient pris pouvoir par l’épée, de manière on ne peut plus brutale, avant de transmettre notre très belle culture occidentale. C’est cela, la cata-strophe : après la cata (du grec : désagrégation) vient la strophe (en grec : unité ordonnée). C’est ce que l’on constate. Nous en mourrons peut-être, mais après nous, un autre ordre apparaîtra.
N.C. : Toutes les visions écologiques nous disent que c’est l’espèce humaine elle-même qui est aujourd’hui menacée.
B.C. : Oh, c’est très possible. En disparaissant, les dinosaures ont laissé la place aux mammifères, qui étaient porteurs d’un potentiel supérieur. Si nous disparaissons, qui nous succédera ? Peut-être les rats. Ou les vers de terre, puisque nous avons quasiment le même programme génétique qu’eux : 30 000 gènes pour nous, 28 000 pour eux, ça ne fait pas une si grande différence. Les vers de terre pourraient bien devenir les maîtres du monde !