S'ensauvager
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S’ensauvager
Le mythologue Joseph Campbell a dit un jour que la société qui saurait comment entrer en rapport avec la nature sauvage serait une société planétaire. Nous sommes sur la voie : la vision mécaniste du monde comme métaphore de la machine n’a plus cours ; un nouvel animisme s’est inscrit dans toutes les disciplines humaines. Le sacré de la nature s’intègre désormais dans la psychologie, les arts, les préocupations de l’urbain moderne friand d’écotourisme ou celles de ces paysagistes rebelles qui, de l’urbanisme végétal à la reconquête de vallées en friches, ont décidé de se rendre complices du sauvage. La dernière décennie a pris aussi conscience de l’importance des médecines traditionnelles. Les multinationales capitalistes se laissent enseigner par les visions mystiques des chamans, par la science du concret, cette logique du sensible, cette pensée sauvage définie par Claude Lévi-Strauss et revendiquée par le poète écossais Kenneth White comme « un antitode ethnologique à un état de surcivilisation ». Loin d’envisager ce retour à la terre comme l’expression d’une idéologie passéiste, Jean-Marie Pelt - tel Giono il y a un quart de siècle - y voit au contraire la nécessité de retrouver des réalités que nous avons perdues. Ce qui rejoint, par ailleurs, la théorie de Joël de Rosnay sur la coévolution du sauvage et de l’homme et qui voit dans le mariage de la biosphère et de la technosphère la création même d’un cerveau planétaire, grâce auquel s’opéreront de nouveaux partenariats basés sur des valeurs « féminines ». C’est ainsi que l’économie se drape d’écologie, la science et le business d’éthique et l’on voit même le christianisme se revendiquer animiste sous l’impulsion du prêtre dissident américain Matthew Fox, dont l’essentiel de son expérience spirituelle prend racine dans l’amour de la nature. Les faits sont là : ce n’est qu’au-delà d’un certain degré de culture que l’homme peut ouvrir les portes du Soi sauvage qui est en lui pour inventer un nouveau contrat naturel avec la vie.
Aux yeux de la psychanalyste jungienne, conteuse et poétesse Clarissa Pinkola Estés, ce n’est pas un hasard si les étendues sauvages de notre planète ont disparu en même temps que notre compréhension de notre nature profonde s’est amoindrie. Son constat : la vie sauvage et la femme sauvage sont toutes deux des espèces en danger, car la nature instinctive féminine - celle qui permet de créer, de danser, de prier, d’aimer, de faire des enfants - est saccagée au même titre que la faune et la flore par ceux qui veulent nettoyer l’environnement sauvage de la psyché, au même titre que les territoires sauvages, et parvenir à l’extinction de l’instinctuel. « En réaffirmant leur relation avec la nature, dit-elle, les femmes reçoivent le don d’une observatrice intérieure, une personne sage, visionnaire, intuitive, un oracle, quelqu’un qui invente et guide. L’essence sauvage qui vit dans la nature a reçu quantité de noms, mais elle est toujours mère, elle est la conservatrice de la tradition féminine. »
Octobre 1983. À la question que Claude Macherel, chercheur au CNRS, posa ce matin-là à Claude Lévi-Strauss à propos du vœu qu’il aimerait voir exaucé, le célébre anthropologue répondit sans la moindre hésitation : « Ce serait de pouvoir communiquer avec un animal. La mélancolie, c’est de me sentir coupé de l’essentiel de la création et d’être resté, comme tout un chacun, cantonné dans ce petit fragment qui est représenté par l’espèce humaine, alors qu’il y a en dehors d’elle tant d’autres choses qui mériteraient d’être connues, d’être comprises, et avec lesquelles on aimerait pouvoir communiquer. » Vous me direz que c’est un étrange vœu de la part d’un éthnologue qui se consacre à étudier les hommes. Mais c’est aussi l’affirmation du sentiment que l’homme n’est pas seul et que, en dehors de l’homme, il y a autre chose vers quoi tendre. Depuis peu, les travaux d’éthologistes audacieux nous ont permis de découvrir qu’il existait des connexions incroyables entre le monde des animaux et le nôtre.
De fait, notre époque veut décrypter le langage des animaux, comprendre leurs mondes intérieurs et ainsi mieux cerner notre propre relation avec le monde qui nous entoure. Désormais, il n’est plus question de dominer la nature pour se distinguer de l’animalité - ce qui à l’époque préhistorique a participé au fondement de l’humanité - ni de tuer sa nature animale comme le dieu perse Mithra, mais au contraire de pactiser avec elle.
Lilith, Alina Reyes, éd. Laffont, 1999.
La Déesse sauvage, Joelle de Gravelaine, éd. Dangles, 1993.
Femmes qui courent avec les loups, Clarissa Pinkola Estés, éd. Grasset.
L’Âme de la nature, Rupert Sheldrake, éd. du Rocher.
Walden ou la vie dans les bois,
Henri Thoreau, éd. Gallimard.
Henri Thoreau, l’éveillé du Nouveau Monde, Gilles Farcet, col. « Espaces libres », éd. Albin Michel.
Que ma joie demeure, Colline,
Le Serpent d’étoiles, Jean Giono, éd. Livre de Poche.
Le Jardin de l’âme, Jean-Marie Pelt, éd. Fayard.
Sauver la terre pour sauver l’homme, Maurice Mességué, éd. Robert Laffont
Le Serpent cosmique et les origines du savoir, Jéremy Narby, Georg.
Les Cygnes sauvages, Kenneth White, éd. Grasset.
Vers une écologie de l’esprit, Grégory Bateson, éd. du Seuil.
Si les lions pouvaient parler, sous la direction de Boris Cyrulnik, éd. Gallimard, 1999.
Écologie spirituelle, Jim Nollman, éd. Jouvence.
Le Livre des dauphins et des baleines, Brigittes Sifaoui, éd. Albin Michel.
Le Cinquième Rêve, P.van Eersel, éd. Grasset et Livre de Poche.
Nashvert production, spécialistes des sons de la nature. 6, rue Gabriel Péri 94220 Charenton-le-Pont. Publie un bulletin d’information, L’Oreille verte.
L’Arche et les déluges, film de François Bell, inspiré par les animaux sauvages.
Les peuples autochtones débarquent sur le net en créant des réseaux transversaux intercommunautaires. Ils renouent, grâce aux nouvelles technologies, avec la culture des anciens. Ces sites proposent des données sur la médecine traditionnelle, sur l’écologie, les contes et les légendes, les rites, les produits artisanaux et les voyages écotouristiques.
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