sur le temps libre

14 juillet 2007
Prendre son temps
Prendre des vacances, c’est, en principe, prendre du temps libre. En réalité, à voir les embouteillages sur les routes, sur les plages, et dans les supermarchés voisins des campings, on peut se demander quelle partie du temps passé dans ce genre de vacances est vraiment libre. Et plus généralement, de combien de temps véritablement libre nous disposons dans notre vie.Le calcul en est difficile ; car disposer de temps libre n’est pas une revendication naturelle, ni une réalité aisément mesurable : les travailleurs ne revendiquent, depuis des siècles, que pour faire baisser la durée passée au champ ou dans un atelier. Mais, personne ne pense à définir et à mesurer le temps véritablement libre DONT chacun dispose. Ni à demander qu’il augmente. Et ce temps est, finalement, dérisoire.
D’abord parce que chacun est contraint par le travail beaucoup plus longtemps qu’il ne le croit : pas seulement au bureau, mais aussi en y allant, en y pensant, en répondant au téléphone, en lisant ses emails à domicile, en cherchant un emploi, en se formant pour l’obtenir . Ensuite parce que les temps supposés libres sont eux-mêmes très largement contraints : il faut bien manger, dormir, se soigner, faire de la gym, faire des courses, passer du temps avec des gens qu’on n’a pas choisi, s’occuper d’organiser sa vie. Il reste, à y regarder de près, très peu de temps vraiment disponible pour des activités librement choisies. Et beaucoup moins encore de ce temps est utilisé de façon authentiquement autonome : les millions de gens fatigués qui, le soir, s’affalent pendant trois heures devant la télévision ont-ils choisi de le faire ? Les gens qui s’entassent dans des clubs de vacances bondés ont-ils vraiment décidé d’y venir ? Non, évidemment ; et pourtant, personne n’ose le dire, parce que personne n’ose affronter la vérité : nous ne choisissons pas en général, nos occupations plus de dix heures par semaine, pas plus de cinq cent heures par an. Pire encore : beaucoup de gens, surtout de femmes, n’ont même pas une heure à elle dans une semaine.
Et pourtant, l’humanité continue de se battre pour réduire la durée passée au travail, alors que l’enjeu réel est d’augmenter le temps réellement disponible : au lieu de 35 heures de temps de travail contraint , il faudrait réclamer 35 heures de temps vraiment libre , et il faudrait même, un jour, que tout travail soit véritablement une vocation, un acte libre . On en est loin, pour très longtemps.
Et pour supporter de vivre ainsi, on préfère ne pas le savoir. On comprend alors pourquoi, on ne cherche pas à mesurer le temps libre : la pire des aliénations est celle dont refuse même d’admettre l’existence.
Publié à 07:14
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